Péage en entreprise : remboursement salarié, TVA déductible et comptabilisation

Péage en entreprise : remboursement salarié, TVA déductible et comptabilisation

Les frais de péage font partie de ces dépenses discrètes mais récurrentes qui, multipliées sur une année et sur plusieurs collaborateurs, finissent par peser dans les comptes. Et ils soulèvent trois questions très concrètes pour toute entreprise : à quelles conditions les frais de péage sont-ils pris en charge par l’employeur, dans quelles conditions la TVA est-elle récupérable, et dans quel compte comptable enregistrer ces dépenses. Cet article répond à ces trois questions, et tranche au passage quelques confusions fréquentes, comme le statut du badge télépéage au regard des avantages en nature ou le traitement des passages en flux libre.

L’essentiel en bref

  • Les péages professionnels sont remboursables au salarié aux frais réels, sur justificatif, via la note de frais
  • La TVA sur les péages (20 %) est récupérable pour tous les véhicules, utilitaires comme véhicules de tourisme, si le déplacement est professionnel
  • Le compte comptable de référence est le 6251 « Voyages et déplacements » (ou le 6256 en mission)
  • Un badge télépéage utilisable à titre privé constitue un avantage en nature soumis à cotisations
  • En flux libre, l’avis de paiement est adressé au titulaire de la carte grise, donc à l’entreprise : le suivi devient un enjeu de gestion de flotte

Frais de péage pris en charge par l’employeur : conditions et justificatifs

Lorsqu’un salarié engage des frais de péage dans le cadre d’un déplacement professionnel (rendez-vous client, chantier, formation, salon), ces frais constituent des frais professionnels remboursables aux frais réels, sur présentation d’un justificatif : le reçu délivré à la barrière, le relevé de télépéage ou la facture de l’abonnement. Le remboursement transite généralement par la note de frais, avec les autres dépenses du déplacement.

Remboursés sur justificatif, ces frais sont exonérés de cotisations sociales en tant que frais professionnels. Et pour les salariés qui utilisent leur véhicule personnel, une précision utile : les péages ne sont pas couverts par le barème kilométrique et se remboursent donc en plus des indemnités kilométriques.

Attention au trajet domicile-travail : il est en principe considéré comme une dépense personnelle. Si l’entreprise prend en charge les péages de ce trajet sans motif professionnel, cette prise en charge est considérée comme un avantage en nature, soumis à cotisations. Des tolérances existent dans des situations particulières (éloignement contraint), à valider avec un expert-comptable.

TVA sur les péages : récupérable à 20 %, sous conditions

Les péages autoroutiers sont soumis à la TVA au taux normal de 20 %, récupérable par les entreprises assujetties. Bonne nouvelle par rapport au carburant : il n’existe aucune distinction entre véhicules utilitaires et véhicules de tourisme pour la TVA sur les péages. Là où la récupération sur le carburant dépend du type de carburant et de véhicule, celle sur les péages s’applique uniformément à condition de réunir trois critères :

  • L’entreprise est assujettie à la TVA
  • Le déplacement est réalisé dans l’intérêt de l’entreprise (le caractère professionnel peut être établi par le contexte de la note de frais : rendez-vous client, repas d’affaires, mission)
  • L’entreprise dispose d’un justificatif mentionnant la TVA, à conserver au moins 6 ans

Sur le justificatif, une souplesse existe : le reçu délivré en sortie de barrière fait office de facture, et l’administration admet qu’il ne mentionne pas le nom de l’entreprise (il est par nature dépersonnalisé). Mais c’est ici que le télépéage prend tout son intérêt : avec un abonnement, l’entreprise reçoit une facture mensuelle nominative récapitulant tous les passages, qui remplit d’office les conditions du Code général des impôts. Plus de tickets à collecter, une TVA clairement identifiée, un relevé détaillé par badge : la récupération devient systématique et sécurisée.

Limite logique : la TVA n’est jamais récupérable sur des passages à titre privé, y compris lorsqu’ils sont réglés avec le badge de l’entreprise. Ces montants doivent rester en TTC et être traités comme un avantage en nature (voir plus bas).

Si le télépéage est également un enjeu pour votre flotte, il peut être pertinent de vous tourner vers une solution qui combine carte carburant et télépéage au sein d’une même offre, plutôt que de gérer deux prestataires séparés. Notre guide des cartes carburant pro compare les différentes solutions du marché sur ce critère, parmi d’autres.

Comptabilisation : quel compte pour les frais de péage ?

Le compte de référence est le 6251 « Voyages et déplacements ». C’est lui qui accueille les frais de péage lorsqu’ils constituent des frais de transport isolés. Lorsque le péage s’inscrit dans un déplacement plus large comportant d’autres dépenses (hôtel, repas), l’ensemble peut être enregistré au compte 6256 « Missions ». Concrètement, l’écriture est simple : le montant hors taxes part en charge, la TVA part en TVA déductible, et la contrepartie est enregistrée chez le fournisseur (ou sur le compte du salarié à rembourser). Voici l’écriture type pour un ticket de péage :

CompteDébitCrédit
6251 Voyages et déplacements (montant HT)X
44566 TVA déductible sur autres biens et servicesX
401 Fournisseurs (ou compte du salarié à rembourser)X

Et les comptes 6358 ou 6718, parfois évoqués ? C’est une confusion fréquente, à écarter. Le compte 6358 concerne les droits et taxes : or le péage n’est pas un impôt, c’est la rémunération d’un service (l’usage de l’autoroute), soumise à TVA. Le compte 6718 concerne les charges exceptionnelles : il n’a vocation à intervenir que pour des pénalités, par exemple la majoration appliquée en cas de non-paiement d’un péage en flux libre dans les délais. Pour un péage ordinaire, c’est bien le 6251 (ou le 6256 en mission) qui s’applique.

Cas particulier du télépéage : si le badge fait l’objet d’une location facturée par l’opérateur, les frais de location du badge s’enregistrent au compte 6135 « Locations mobilières », tandis que les passages restent au 6251. La facture mensuelle de télépéage distingue généralement ces deux lignes.

Le flux libre : un risque nouveau pour les flottes

Le péage en flux libre se généralise sur le réseau français, notamment sur l’A79, l’A13 et l’A14. Le principe : plus de barrière, des portiques lisent la plaque d’immatriculation au passage, et c’est à l’usager de régler ensuite. Cette évolution change la donne pour les entreprises, car elle introduit une étape de paiement qui n’existait pas auparavant.

Le délai de référence est de 72 heures après le passage pour payer sans majoration, en ligne sur le site du concessionnaire ou chez un buraliste du réseau agréé. Passé ce délai, un avis de paiement est émis avec une majoration, qui augmente ensuite par paliers si le règlement tarde. Or, et c’est le point décisif pour un gestionnaire de flotte, cet avis est adressé au titulaire du certificat d’immatriculation, c’est-à-dire à l’entreprise ou au loueur, et non au conducteur. Une entreprise peut donc découvrir plusieurs semaines après coup des majorations liées à des passages qu’elle ignorait.

Sur le plan comptable, il faut distinguer deux choses : le montant du péage lui-même reste une charge de déplacement, enregistrée au 6251, tandis que la majoration relève d’une charge exceptionnelle au 6718. La TVA n’est récupérable que sur la part correspondant au péage, pas sur la pénalité.

La parade est simple : un badge de télépéage supprime totalement le risque, puisque le passage est détecté et facturé automatiquement, sans action du conducteur. Pour une flotte qui emprunte régulièrement des axes en flux libre, l’équipement en badges relève moins du confort que de la maîtrise du risque administratif et financier.

Badge télépéage et avantage en nature : où est la frontière ?

La question se pose dès qu’un salarié dispose d’un badge de l’entreprise, en particulier avec une voiture de fonction. La règle est claire et repose sur l’usage autorisé. Si le badge est réservé aux déplacements professionnels, et que cette restriction est posée par écrit (règlement intérieur, note de service, charte véhicule), les frais de péage sont de simples frais professionnels : aucun avantage en nature à déclarer.

En revanche, si le salarié est autorisé à utiliser le badge pour ses trajets privés (week-ends, vacances), l’abonnement et les frais de péage correspondants constituent un avantage en nature, évalué à la valeur réelle du coût pris en charge. Cet avantage doit être intégré au bulletin de paie et soumis à cotisations sociales, et la TVA sur ces passages privés n’est pas récupérable. C’est la même logique que pour la voiture de fonction elle-même : l’usage privé d’un bien mis à disposition par l’employeur est un élément de rémunération.

Le point de vigilance : un relevé de télépéage qui mélange trajets professionnels et privés sans distinction est difficile à défendre en cas de contrôle URSSAF. Si l’usage mixte est autorisé, il faut pouvoir isoler les passages privés (relevé détaillé par badge, période, itinéraire) pour évaluer correctement l’avantage en nature et sécuriser le reste en frais professionnels.

En résumé

Les frais de péage pris en charge par l’employeur se traitent simplement une fois trois règles posées : remboursement aux frais réels sur justificatif (en plus du barème kilométrique pour les véhicules personnels), récupération de la TVA à 20 % pour tous les types de véhicules sur les déplacements professionnels, et comptabilisation au 6251 ou au 6256. Le télépéage simplifie considérablement l’ensemble : facture mensuelle nominative, TVA identifiée, relevé détaillé par badge, et suppression du risque de majoration lié au flux libre. C’est d’ailleurs la même logique de centralisation qui vaut pour le carburant : des solutions professionnelles comme les cartes carburant regroupent les dépenses sur une facture unique conforme, avec la TVA structurée.

FAQ

Les frais de péage sont-ils pris en charge par l’employeur ?

Oui, lorsqu’ils sont engagés pour un déplacement professionnel. Le salarié les déclare en note de frais avec le justificatif (reçu de péage, relevé de télépéage ou facture d’abonnement). Remboursés aux frais réels sur justificatif, ils sont exonérés de cotisations sociales. Pour les salariés en véhicule personnel, ils s’ajoutent aux indemnités kilométriques, le barème ne les couvrant pas.

La TVA sur les péages est-elle déductible ?

Oui, à 20 %, pour les entreprises assujetties, dès lors que le déplacement est professionnel et qu’un justificatif mentionnant la TVA est conservé (au moins 6 ans). Contrairement au carburant, il n’y a aucune distinction entre véhicules utilitaires et véhicules de tourisme. La TVA n’est en revanche jamais récupérable sur les passages à titre privé.

Dans quel compte comptabiliser les frais de péage ?

Au compte 6251 « Voyages et déplacements » pour un péage isolé, ou au compte 6256 « Missions » lorsque le péage s’inscrit dans un déplacement comportant d’autres frais (hôtel, repas). Le 6358 ne convient pas (le péage n’est pas un impôt) et le 6718 est réservé aux charges exceptionnelles comme les majorations de non-paiement.

Le badge télépéage fourni par l’entreprise est-il un avantage en nature ?

Uniquement si le salarié est autorisé à l’utiliser pour ses trajets privés : dans ce cas, l’abonnement et les péages privés constituent un avantage en nature évalué à la valeur réelle, intégré au bulletin de paie et soumis à cotisations. Si le badge est réservé aux déplacements professionnels, avec une restriction posée par écrit, il s’agit de simples frais professionnels.

Qui reçoit l’avis de paiement d’un péage en flux libre non réglé ?

Le titulaire du certificat d’immatriculation, c’est-à-dire l’entreprise ou le loueur, et non le conducteur. Le délai de paiement est de 72 heures après le passage ; au-delà, une majoration s’applique et augmente par paliers. Un badge de télépéage supprime ce risque, le passage étant facturé automatiquement.

L’entreprise peut-elle payer les péages du trajet domicile-travail ?

En principe non : le trajet domicile-travail est considéré comme une dépense personnelle. Une prise en charge sans justification professionnelle est considérée comme un avantage en nature soumis à cotisations. Des tolérances existent dans des situations particulières, à valider avec un expert-comptable.

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